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Article WISE

Page history last edited by Michele 7 years, 11 months ago

 

 

Freda Wolfenden :
« L’Afrique a besoin de nouvelles solutions à ses problèmes d’éducation. »

 

Organization:  The Open University, Royaume-Uni

 

Traduction de l’article paru en anglais sur le site web de WISE (http://www.wise-qatar.org/content/education-africa-challenges-tessa-freda-wolfenden)

 

Avec tous nos remerciements à WISE pour leur gracieuse permission de publier la traduction sur notre site.

 

 

 

« L'Afrique a besoin de nouvelles solutions à ses problèmes d'éducation, pas seulement d’une extension de systèmes existants », écrit Mme Freda Wolfenden, directeur de TESSA, programme de recherche et de développement gagnant du Prix WISE 2011, dans l'article par invitation pour WISE.

 

Par l’intermédiaire des Objectifs du Millénaire, la communauté mondiale a promis à tous ses enfants une éducation de qualité quels que soient leur sexe, leur origine ethnique ou leurs besoins éducatifs. Il ne fait aucun doute que beaucoup de progrès ont été réalisés ; par exemple, depuis 1999, le nombre d'élèves scolarisés en Afrique a augmenté d'un tiers, mais des défis considérables demeurent qui nécessiteront une attention dans les politiques et les engagements à développer et mettre en place pour l’après 2015. Mais passer de la rhétorique politique à la réalité pratique est souvent une étape des plus difficiles. Pour ce faire, il nous faut remettre en question beaucoup d’idées existant sur les systèmes et les pratiques, et exploiter et combiner les dernières réflexions et outils tels les résultats des recherches en sciences cognitives et les technologies mobiles.

 

Selon moi, il y a deux défis majeurs, le premier étant l’accès à l'éducation. Le monde compte encore 67 millions d'enfants non-scolarisés dont 43% vivent en Afrique (1).  Beaucoup d'entre eux vivent dans les zones de conflit ou dans des États «fragiles» ou encore dans des zones rurales. Tous les ans, 10 millions d’enfants abandonnent leur scolarité à l'école primaire en Afrique sub-saharienne. Il existe une multitude de raisons qui expliquent pourquoi ces enfants ne sont pas à l’école - la culture, le manque d'installations, la nécessité d'avoir un emploi, etc. Mais des mesures simples peuvent souvent faire une énorme différence. Une initiative de l’organisation non gouvernementale Save the Children (2) au Sud-Soudan a contribué considérablement à l’augmentation de la fréquentation scolaire en construisant des salles de classe permanentes, des installations sanitaires : il est naturel que les enfants préfèrent apprendre dans cet environnement que « sous l'arbre ». Il faut plus de ces solutions innovantes, pour améliorer la scolarisation des filles, celle des pauvres en milieu rural et celle des enfants ayant des besoins éducatifs spéciaux. On donne souvent comme solution pour répondre aux besoins des enfants les plus pauvres les écoles privées à bas prix mais les preuves empiriques de leur efficacité ne sont pas concluantes (3), d'autres investigations et expérimentations sont nécessaires.

 

L'accès limité à l'éducation ne concerne pas seulement les élèves du primaire. Un défi potentiellement beaucoup plus grand est l’augmentation du nombre des élèves du secondaire au fur et à mesure que l'impact de l'EPT se répercute à ce niveau – à l'heure actuelle, de par le monde, il y a 400 millions de jeunes âgés de 12 à 17 ans non scolarisés. Les écoles secondaires nécessitent des enseignants spécialisés, des programmes scolaires appropriés pour tous (et non seulement des programmes très académiques conçus pour une petite minorité, mais des programmes qui incluent des disciplines professionnelles et techniques) ; elles doivent être rentables – de nombreux systèmes actuels de l'enseignement secondaire ne le sont pas. L'expansion des systèmes actuels ne suffira pas à répondre à la demande et nous devons trouver des moyens alternatifs de fournir, dans le secondaire, une éducation à grande échelle et d’un bon rapport qualité-prix. L'école ouverte, promue par le Commonwealth of Learning (www.col.org) fournit un modèle possible. En Namibie, le NAMCOL (le Collège namibien d'éducation ouverte) accueille plus de 28.000 élèves du secondaire dans tout le pays.

 

Il faut aussi considérer le préscolaire. Il y a un nombre croissant de preuves de l'impact à long terme d’une éducation de qualité dans la petite enfance sur les futurs résultats scolaires. Partout en Afrique subsaharienne ce secteur de l'éducation commence à prendre de plus en plus d'importance dans les politiques gouvernementales ; par exemple le Ghana veut instaurer deux années d'éducation pré-primaire gratuite et obligatoire pour tous les enfants dès l'âge de 4 ans et les inscriptions sont en augmentation rapide. Cela exige des praticiens ayant les compétences appropriées ; des programmes de formation d’enseignants sont mis en place pour offrir une spécialisation pour ce groupe d'âge – à  l'Université des Sciences de l'Education de Winneba, les éducateurs-formateurs adaptent le matériel pour les enseignants du préscolaire et recueillent des exemples de bonnes pratiques. Il n’en demeure pas moins que, dans la région, la majorité des enfants demeure exclus de l'enseignement préscolaire.

 

Largement négligé par les agences de développement et dans les plans gouvernementaux pendant de nombreuses années, l'enseignement supérieur reçoit de nouveau l'attention qu’il mérite. Dans beaucoup de pays le nombre de jeunes (et de moins jeunes) qui aspirent à étudier à l'université dépasse largement le nombre de places disponibles. Au Nigeria, par exemple, chaque année plus d'un million de jeunes réussissent l'examen d'entrée à l’université pour seulement 300.000 places. Une meilleure infrastructure et l'amélioration des capacités universitaires sont des priorités, permettant l'augmentation du nombre de doctorants qui pourront devenir membres du corps enseignant de l’université. L'Université de Makerere en Ouganda met en œuvre un nouveau modèle d’encadrement des doctorants pour aider à développer, soutenir et retenir les talents universitaires.

 

Le second défi selon moi, et non moins important, est celui de la qualité. Plus d'enfants vont à l'école mais apprennent-ils ? Malheureusement, il y a abondance de preuves que, dans de nombreux pays, beaucoup d'enfants dans les classes de niveau cours élémentaire première et deuxième année ne savent pas lire. Ils sont incapables de lire correctement même un seul mot dans un paragraphe en dépit de deux ans ou plus à l'école. Cette situation est inacceptable : sans compétences de base en lecture, ces enfants n’ont que de faibles chances de réussite scolaire. Une éducation de qualité exige des éducateurs formés et qualifiés pour enseigner dans les écoles maternelles, primaires, secondaires ou les universités). Une éducation de qualité exige aussi des ressources – manuels, matériel TIC et autres artefacts. Dans tous les secteurs, il y a une pénurie d'enseignants de qualité, deux des principaux facteurs qui contribuent à cette pénurie étant le manque d'accès à une formation de grande qualité et le faible statut de la profession. Mais des changements encourageants se font jour à travers des politiques et ses projets innovants. Au Kenya (4), le gouvernement a indiqué son intention de faire de l'enseignement une profession diplômée, et d’empêcher l’hémorragie vers le secondaire des enseignants du primaire ayant obtenu un diplôme - ceci a un potentiel énorme pour l’amélioration du statut des enseignants dans le primaire et pour une plus grande stabilité des communautés professionnelles des écoles avec tout ce que cela implique pour le développement professionnel et l'amélioration des pratiques. Facilitée par les nouvelles technologies et les ressources éducatives libres (REL), la formation continue des enseignants en situation dans leurs propres classes, commence à permettre aux écoles de devenir des communautés d'apprentissage qui offrent un accès à d'autres communautés de professionnels pour alimenter et maintenir l'amélioration des pratiques, tout en permettant aux enseignants de développer leurs connaissances dans leur propre contexte professionnel. Des études de cas du projet TESSA fournissent de nombreux exemples émergents de toute l'Afrique. Au Mali, l’initiative Read-Learn-Lead (5) (Lire-Apprendre-Conduire) qui apporte un appui à l'enseignement précoce de la lecture dans les langues nationales, se révèle prometteur pour les petites classes ; cette initiative implique les enseignants, les parents, les soignants et les tuteurs de la communauté ; la capacité des enfants à identifier correctement les lettres s’est considérablement améliorée dans les écoles prenant part au projet. Si ces progrès peuvent être soutenus et étendus, cette approche holistique localisée est porteuse de beaucoup de promesses.

 

L'avènement des ressources éducatives libres (REL), dont le contenu gratuit peut être adapté à différents contextes et reproduit sans payer de frais de licence, offre un potentiel énorme à travers le continent africain, donnant accès à des fonds mondiaux de connaissances et en même temps facilitant les contributions des Africains. La récente Déclaration de Paris (juin 2012) constitue un marqueur de la reconnaissance des REL comme outil de soutien de l'éducation. Par cette Déclaration, la communauté internationale s'engage à favoriser la sensibilisation aux REL et leur utilisation, et à faciliter un environnement propice aux TIC pour la production et l'utilisation des REL. Les REL peuvent jouer un rôle crucial dans les programmes de formation professionnelle permettant une production plus rentable et plus rapide des matériels de haute qualité. À l'Université du Malawi peu d’étudiants ont accès aux manuels scolaires et autres matériels recommandés, mais le personnel enseignant utilise les REL pour développer un certificat e-learning pour le cours destiné aux sages-femmes, qui s'appuie sur les meilleurs matériaux mondiaux ainsi que sur des études de cas locales. L’omniprésent téléphone portable permet un accès sans cesse croissant à ce contenu dans les zones rurales éloignées et pour les apprenants qui ne peuvent accéder à des formes plus traditionnelles de contenu. Les REL ouvrent également des contenus aux jeunes apprenants – l’embryonnaire African Storybook (Livre d’histoires africaines) développé sous la direction de OER Africa (www.oerafrica.org) est un exemple intéressant de la manière dont la technologie numérique et les REL sont mis à profit pour constituer une riche banque d'histoires locales qui apportent aux jeunes lecteurs un soutien à la lecture.

 

Mais il ne nous faut pas négliger les structures - les cadres du curriculum, les modèles d'évaluation et les formes de contrôle existantes à l’intérieur des systèmes éducatifs. Les programmes d'études et l'évaluation doivent faire le lien entre leurs contenus d’apprentissage et le monde des apprenants, leurs familles et leurs communautés locales. Ils doivent aussi reconnaître que les nouvelles technologies permettent aux apprenants de faire partie de la communauté mondiale. L'évaluation doit soutenir l’apprentissage à venir et valoriser la réussite plutôt que de se concentrer sur une connaissance académique limitée. Les jeunes élèves ont besoin d'occasions d'apprendre dans leur langue maternelle plutôt que dans une deuxième voire une troisième langue. Les chefs d'établissement ont besoin d'autonomie pour répartir les ressources pour soutenir au mieux leur communauté d'apprenants – élèves et enseignants. Ce sont là d'énormes défis, mais il y a des exemples de changement; en Ouganda, par exemple, le gouvernement a introduit les langues locales comme moyen d'enseignement dans les écoles primaires en 2007.

 

Toutefois, si ces initiatives et ces projets doivent avoir un réel impact de par le continent, la nécessité existe pour qu’à la fois les bonnes pratiques, comme celles de certains des projets mentionnés ici et celles de beaucoup d'autres projets, soient partagées et pour que les bailleurs de fonds prennent des risques pour soutenir des initiatives innovantes qui réunissent des praticiens et des chercheurs de différentes communautés – une grande partie du travail le plus passionnant se passe à la croisée des disciplines traditionnelles.

 

Certains de ces projets risquent de ne pas être totalement réussis, mais tout comme nous le faisons dans nos travaux de recherche ou dans les « start-ups », il nous faut poursuivre de nombreuses lignes de l'activité pour apprendre lesquelles ont le plus de chances d’être applicables et de rencontrer le succès dans différents contextes. Des initiatives telles que WISE offrent des espaces précieux pour ce genre de réseaux, de collaborations et d’expérimentations. L'Afrique a besoin de nouvelles solutions à ses problèmes d'éducation, pas une simple extension des systèmes existants afin de s'assurer que tous les enfants soient en mesure d'exercer leur droit à une éducation de qualité à l'école et au-delà. A quoi donneriez-vous la priorité?

 


(1) UNESCO (2011) The hidden crisis: Armed conflict and education,  EFA Global Monitoring Report, Paris, UNESCO

 

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Save_the_Children

 

(3) Lewin, K & Little A. 2011. Access to education revisited: Equity, drop out and transitions to secondary school in South Asia and Sub-Saharan Africa. International Journal of Educational Development 31(2011) 333-337

 

(4) Republic of Kenya (2012) Towards a Globally competitive Quality Education for Sustainable Development: Task Force Report, Republic of Kenya

 

(5) Gove, A. and Cvelich, P. ( 2011) Early reading: Igniting Education for All. A report by the Early Grade learning community of Practice. Revised Edition. Research Triangle Park, NC: Research Triangle Institution.

 

 

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